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Guy de Maupassant

5 août 1850 - 6 juillet 1893

Fils de Laure le Poittevin et de Gustave Maupassant.Elle est passionnée de littérature et amie de Gustave Flaubert.Gustave Maupassant se plaît dans la compagnie frivole et libertine des Normands.Les deux se querellent continuellement.Guy en comprend l’objet.L’origine du pessimisme atroce se rapporte à la terreur dont il est envahi à chaque échange d’outrages entre ses parents.A l’âge de 13 ans, il a vu son père rouer de coups sa mère.Depuis ,il n’a plus d’amour pour personne. Son frère Hervé est un débile mental, un brave petit paysan.Guy l’aide à s’installer à Antibes.Hervé meurt à l’asile après d’incontestables signes de dérangement mental. Hervé le hante jusqu’à l’angoisse.Il le considère avec une sorte d’horreur sympathique.

L’atmosphère à la maison parentale est irrespirable.Les parents se séparent;la mère garde les enfants. Guy est persuadé que tout mariage est voué à l’échec.L’homme n’est pas fait pour vivre avec la même femme.Il est fort tenté de comprendre son père.Le désir de sa mère est que Guy devienne écrivain.Elle lui donne une éducation passionnée et littéraire.Elle l’inscrit à l’Institution ecclésiastique d’Yvetot.Guy y lit des livres défendus et commence écrire des poèmes,des piécettes et des farces brutales et vulgaires. Guy parle couramment le patois normand. Il développe la passion pour la mer et la voile.A 13 ans ,il est capable de barrer un canot.

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Mais ce n’est pas seulement la mer qui l’attire; l’arrière-pays normand est aussi un terrain de prédilection.Des visages de paysans s’inscrivent dans sa mémoire avec une précision photographique. Il les devine rudes à la peine, avares,rusés et naïfs à la fois.Guy est normand jusqu’à la moëlle.Il adore la nature sauvage.Elève insiscipliné qui chante le bonheur des amants,il est renvoyé du cloître. A seize ans, il fait l’amour pour la première fois. Les deux attirances de l’adolescent : la femme et l’eau. En 1868, il fait la connaissance d’une Parisienne, lui dédie un poème dont elle rit avec des amis. Elle confirme son idée de la femme comme créature fausse, légère et méprisable,dont la raison d’être sur terre est de satisfaire l’appétit des mâles; auprès de sa mère, à Etretat, il peut affiner son expérience humaine.

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En 1864, il assiste au sauvetage du poète anglais Charles Swinburne, le maître à penser de Powell, un jeune Gallois.Guy est invité par les deux :il entre dans un sanctuaire voué à la célébration d’affreux mystères.Ils exhibent devant lui des enchantements funèbres.Ils lui font cadeau d’une main d’écorché.Guy ne se séparera jamais de ce signe de l’au-delà.Obscénités sadiques,rôti de singe, masturbation d’un singe par Powell, tout cela le dégoûte. Il mesure leur folie et leurs criminels délices, le dérèglement sexuel à la Sade.Ce qui s’incruste dans sa pensée, c’est le rêve de complications érotiques. Entre sa vingtième et trentième année,il devient un virtuose de la brimade, fonde des cabales de débauchés, des confréries occultes.Homme mûr, il se plaît à terroriser ses maîtresses en peignant sur sa masculinité les signes de la syphilis.

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Au lycée de Rouen,

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Guy connaît un air de liberté et de tolérance.Il rend visite à Flaubert qui le conseille.En 1869, il est enfin reçu bachelier ès lettres.Il fête l’événement dans un bordel.Que faire maintenant? Il s’inscrit à la faculté de droit à Paris.Il s’intéresse plutôt à la politique.Guy déteste les mouvements en masse.Le 14 juillet 1870,la foule défile à Paris et hurle : à Berlin! La bêtise de ses contemporains l’écrase. Le recrutement se fait, Guy s’engage comme volontaire. Le voici soldat.Il devient commis aux écritures, à Rouen.L’Alsace et la Lorraine sont vite prises par les Prussiens. Guy doit aussi monter vers le front et y connaît la débâcle des troupes françaises, qui refluent en désordre.Il voit autour de lui les pauvres „mobilisés", gens pacifiques,rentiers tranquilles.De cette déroute, il gardera les images de honte, de bêtise et de cruauté. La guerre lui fait horreur et il déteste les chefs militaires inaptes et les politiciens responsables de ce désastre.Il méprise tout autant les Prussiens qui foulent le sol de sa patrie.Plus on en tue , plus il est content. Son admiration va aux francs-tireurs, aux paysans héroïques qui, ça et là , massacrent les „Alboches" pour venger l’honneur de la France.En 1871, Paris est pris , l’armistice est conclu.La France humiliée s’incline au dictat de Bismarck. Guy quitte la capitale pour Rouen.Il supplie son père d’intervenir pour une mutation.On lui trouve un remplaçant :il paie une somme convenue et est démobilisé en novembre 1871.

Une fois Paris dégagé,il écoute les récits de ses amis paysans, les aspects atroces d’une guerre légitime.Les vrais héros, ce sont les humbles ,les ruraux ,fidèles à l’esprit du sol,dépossédés de leur raison d’être.Mais aussi les filles,comme Rachel, la prostituée israélite, La Mère Sauvage y jouent un rôle héroïque.

Pour pouvoir gagner sa vie, Guy se résout à devenir bureaucrate:1872-1878 au ministère de la Marine, puis au ministère de l’Instruction publique(1878-1880)."Je suis dans la merde jusqu’au cou,plongé dans des embarras et des tristesses inexprimables."Il s’estime pendant 8 ans comme une constante victime des ministères.

C’est sur les bords de la Seine qu’il reprend goût à l’existence, grâce à la natation et à la rame.Il aime glisser avec sa yole sur les flots nocturnes.Il fréquente les guinguettes riveraines avec leurs putains et retient les meilleurs histoires de canotiers.

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Il compose des scènes, fait des esquisses comme une sorte de réserve de thèmes.L’eau, symbole des génèses, est aussi une correspondance de la mort.Qui s’aventure sur une eau nocturne, éprouve bientôt un sentiment confus de dépaysement.Le monde régresse vers le chaos,l’eau noire devient la tentation du suicide (se laisser glisser dans la Seine)Le fantastique l’attire .Son premier conte „La Main d’écorché" est inspiré par ses souvenirs d’enfance, un texte macabre qui est publié sous le pseudonyme:Joseph Prunier. Suit „Le Docteur Héraclius Gloss" où il traite aussi de l’obsession du double.

Maupassant organise une société secrète de farceurs , les Crépitiens où l’impétrant doit attester sa disponibilité sexuelle et sa résistance au supplice du pal.Le cabaret de préférence au bord de la seine : La Grenouillère., où sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar.Il y flotte une odeur d’amour et l’on s’y bat pour un oui ou pour un non.GUY figure de chef,i l a une virile beauté. Les femmes flairent ses qualités d’amant brutal et tendre.Il apprécie les belles garces des faubourgs avec leurs cervelles vides. Pas de sentiment là-dedans."Je voudrais avoir mille bras, mille lèvres,et mille..."Ses victimes deviennent les héroïnes de ses récits.Une de ces douces putains lui transmet la syphilis."J’en suis fier,malheur,et je méprise par-dessus tous les bourgeois.Alléluia, j’ai la vérole,par conséquent,je n’ai plus peur de l’attraper."Et il refuse de se soigner.Beuveries et coucheries reprennent de plus belle.Son pansexualisme s’exprime mieux encore.

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Mais entre 1872 et 1880, il s’occupe aussi du strict apprentissage littéraire.Les grandes misères des petites gens le préoccupent.Les petites gens, ce sont les boutiquiers, les employés, les fonctionnaires sans espoir qu’il croise dans les couloirs des ministères.Les petites gens qui tâchent de s’évader de leur médiocrité.Leurs ardentes passions,la perspective d’hériter les transforme en rapaces.Les épouses des petites gens, moins résignées que leurs maris,cherchent souvent à se donner l’apparence d’un luxe dont elles ne disposent pas.Leurs desseins téméraires sont affreusement punis.Le comportement des petites gens se caractérise par la malchance.Le rêve et la réalité ne coïncident pas.—En outre, la campagne est toxqiue pour les petites gens. Sortis du cadre citadin,ils commettent des actes inconsidérés qu’ils doivent regretter après.

E1877, il sollicite et obtient de l’administration un congé de deux mois pour se soigner en Suisse.De retour à Paris, la vie de bureau l’excède.Le succès littéraire tarde à venir.Il refuse de s’associer à une école littéraire.Sur intervention de Flaubert, il est enfin nommé au ministère de l’Instruction publique, fin 1878.Voici Guy installé rue de Grenelle.La contrepartie de cette appellation, c’est l’obligation de travailler jusqu’à six heures et demie du soir et même le dimanche matin jusqu’à midi.Sous divers pseudonymes (Guy de Valmont, Maufrigneuse, Joseph Prunier) il a publié des chroniques et des poèmes dans des journaux et revues.Mais en vrai Normand , il a les pieds sur terre, il refuse d’abandonner la proie pour l’ombre.

Vers 1880, il pense trouver chez Schopenhauer la justification de son attitude existentielle.Il le considère comme le plus grand saccageur de rêves qui ait passé sur la terre.Il le félicite d’avoir abattu le culte idéal de la femme.

Qu’entend-il par là? Que la femme est ravalée au rang de piège immonde. Il n’a d’estime que pour la femme qui refuse la maternité et qui se complaît dans la perverse inutilité de ses gestes d’amour.Les amants la félicitent d’être un désert empoisonné.C’est la créature d’exception et pas l’animal qui reproduit sa race. En 1890, il écrit „L’Inutile Beauté" , un symbole où il chante la femme stérile, la déesse nocturne, si belle, avec ses yeux gris comme des ciels froids, ses cheveux noirs, pareils à une voie lactée. Elle excite le coeur des mâles.

De l’autre côté, intoxiqué par Schopenhauer,il constate que „l’amour des femmes est monotone comme l’esprit des hommes.Son désespoir devient général et fondamental; le suicide et l’euthanasie le tentent pour éviter le vieillissement et se venger de la providence.Dieu ,"c’est un massacreur.Il lui faut tous les jours des morts.Il en fait de toutes les façons pour mieux s’amuser."Encore en 1891 il écrit ses dénonciations outrageantes:"Dieu ténébreux...Eternel meurtrier...Eternel faiseur de cadavres....Meurtrier affamé de mort." Sa lutte contre Dieu consiste à inventer l’érotisme stérile et à narguer la brutalité divine.Le monde devient un objet païen. „Je sens en moi quelque chose de toutes les espèces d’animaux,de tous les instincts,de tous les désirs confus des créatures inférieures."Ce satyre se retrouve dans une angoisse désespérée. „Tout se répète sans cesse et lamentablement."

La notion dominante de son pessimisme, c’est la justification de la cruauté.Mais il éprouve de façon encore plus vive „la peur harcelante de la solitude", „le vide autour de lui, le vide insondable où s’agite son coeur,où se débat sa pensée."

Le 14 février 1880, Guy est iculpé et accusé d’outrage à la moralité publique et religieuse et aux bonnes moeurs.Et tout cela à cause de „Au bord de l’eau".Il s’adresse à Flaubert pour une lettre d’appui en faveur de sa pièce et pour intéresser la presse en sa faveur.Flaubert médite un plan de bataille, et le 21 février, Le Gaulois publie la lettre de Flaubert.Les poursuites sont abandonnées et une ordonnance de non-lieu est signée.

Les premiers signes de sa maladie le préoccupent; il a les nerfs fragiles, il perd ses cheveux et a parfois des hallucinations. „Boule de Suif" est sur le point de paraître. Ce conte paraît le 16 avril 1880, dans le recueil:

Les Soirées de Médan (récits de Zola ,Huysmans etc) Il refuse de se laisser embrigader dans l’école naturaliste, il veut seulement donner „une note juste sur la guerre...l’appréciation des faits militaires..pas antipatriotique, mais simplement vrai." Ce conte est un symbole de la médiocrité humaine.

 

 

A partir de 1880,il commence à profiter de sa distinction littéraire et suit les modes de son époque.Il se crée le décor en ammeublant son domicile à son goût personnel et admet volontiers qu’il est légitime de chercher „dans la vie des hommes et dans les objets dont ils s’entourent les explications des mystères de leur esprit." Il aménage son jardin d’hiver de palmiers,de bouddhas, de divans, de chaises en cuir etc.IL y cache ses fleurs favorites ainsi que les femmes des harems :"..odorant et transportant,ouvert pour l’amour et plus tentant que toute la chair des femmes". Maupassant rivalise avec E.Poe et Baudelaire pour la minutie,avec laquelle il monte,dans tous les détails, le décor de la vie quotidienne de ses héros de prédilection.Tout ,dans le logement a une triple fonction:

augmenter l’aisance de la chair, faciliter le travail de l’esprit,favoriser l’essor de l’âme vers une utopie onirique.

Le 8 mai 1880 meurt G. Flaubert à Croisset,mais la vie quotidienne d’écrivain le préoccupe et il est sacré journaliste grâce à une intervention de Zola en faveur de la vente d’un volume de vers. „Le Gaulois" annonce à ses lecteurs la collaboration régulière de Maupassant.Il fréquente les salles de rédaction, va dans les cafés à la mode et devient ,en peu de mois, une figure parisienne connue. Les fonctionnaires sont la cible de son persiflage.

Lui-même n’abandonne pas son poste au ministère.Il aime l’argent passionnément.Après la mort de Flaubert, on lui accorde un congé payé de 6 mois.Il prend goût à la vie libre et envisage de donner sa démission. Comme il souffre de troubles, dues à la syphilis, ses médecins lui conseillent de voyager. Il goûte avec ivresse la gaie sensation du Midi, Marseille avec ses voix à l’accent chantant et la mer d’azur.En Corse ,il retrouve sa mère à Ajaccio.De retour à Paris,il exploite à fond ses succès de journaliste.En janvier 1881,il finit sa nouvelle sur les femmes de bordel:"La Maison Tellier".Cette nouvelle est une révolte contre l’ordre établi.Guy fustige les gens bien-pensants qui condamnent en paroles ce qu’ils acceptenr en actes.Cette nouvelle tombe à pic dans la  République de 1880.   Maupassant consolide sa réputation d’écrivain.Les nouvelles qu’il écrit à la suite traitent toutes de la misérable condition humaine .Les lecteurs se précipitent sur les éditions.La critique,elle,est partagée.

A l’invitation du Gaulois, Guy quitte la France pour l’Afrique du Nord.Il déplore l’injustice d’une colonisation à outrance.Bien sûr,sa tournée africaine est marquée de beaucoup de coucheries avec toutes sortes de prostituées.Blessé et écoeuré, il retourne en France, mais la salle de rédaction lui paraît tristement étouffante.

Le dynamisme de Maupassant est énorme ;il poursuit la rédaction de son premier roman : "Une Vie".Il cherche son plus grand avantage comme auteur. Paraît alors le volume de nouvelles : Mademoiselle Fifi , inspiré par le souvenir de l’invasion prussienne. Comme dans Boule de Suif, l’héroïne , Rachel, est prostituée. Elle poignarde un officier allemand, acte de patriotisme qui flatte l’esprit de revanche.Le succès est inespéré et Guy ne parle que d’argent qu’il dépense aussi facilement qu’il le gagne.Il fait construire un chalet à Etretat , La Guillette, où il aime à organiser des fêtes et des sorties avec ses voisins et des estivants.

En 1883 „La Vie" est publiée.Tous ses thèmes qui lui sont chers y sont exploités: l’impossibilité d’un accord profond entre l’homme et la femme dans le mariage, une répugnance quasi physique pour la maternité, l’amour viscéral de la Normandie, la fascination de l’eau, le problème de la bâtardise, le pessimisme de l’impossible bonheur. Ainsi, tout se trouve emporté dans un vaste mouvement négateur.Le texte procède à la déconstruction de quelques lieux communs; le mythe du héros positif s’effondre, tandis que s’élabore l’écriture du vide.Le roman se fonde sur le décalage constant entre la réalité décevante et les espoirs de bonheur.

Quelques semaines après, Maupassant publie „Les Contes de la Bécasse", entre autres avec „ La Folle „ et „L’aventure de Walter Schnaffs".Le lieu unificateur du livre, c’est la Normandie. Tout le recueil va dans le sens du pessimisme ou du scepticisme.

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Les idées politiques de Maupassant se recommandent par leur permanence.L’imbécilité des politiciens ruine les pauvres et exaspère les masses,entraîne la complicité des classes dirigeantes."Autrefois,quand on ne pouvait exercer aucune profession, on se faisait photographe;aujourd’hui on se fait député."Il n’arrive pas à donner un assentiment sans réserves aux systèmes démocratiques.Le suffrage universel est une stupidité.Les femmes,"le sexe second à tous égards,faits pour se tenir à l’écart et au second plan."—S’y ajoute une horreur explicite du patriotisme," idée...mère qui entretient la guerre."

Quoique gnostique, Maupassant témoigne pourtant une admiration spontanée aux occultistes romantiques ou classiques. Lui-même dresse une liste des phénomènes inexplicables.Il souffre d’une crainte difficilement qualifiables. Inopinément,il est victime de spectres errants,d’étreintes de morts ou de bêtes effroyables. Se livrant aux pratiques d’une innocente magie cérémonielle, il consulte, comme Faust, son miroir.Le don magnétique transforme en radiateur d’impérieux effluves qui, le dépossédant de son libre arbitre,lui donnent le sentiment d’être possédé par un double.Maupassant se sent peu à peu intoxiqué par les idées occultistes et invente un fantastique original par son style psychique.

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La Terreur

 

Sa maladie lui cause de plus en plus de problèmes et il a souvent recours à   l’éther, par lequel il passe à l’état d’égrégoire.Il s’engage à des enquêtes métaphysiques.L’éther subtilise son intuition et il cherche à détecter derrière le décor des choses quotidiennes quelques réalités dérobées."Je vous assure,du reste,que bien des choses qui nous entourent nous échappent...notre apathie nous porte à voir partout l’impossible,l’invraisemblable". Parfois il croit rencontrer des êtres sans nom, de voir sur les fauteuils de petits bonhommes rouges.Il estime que l’éther le transforme en un puissant démiurge qui disperse dans l’aura du monde semi-psychique de nombreux doubles de lui-même.Parfois le cordon qui attache Maupassant à son double se rompt.Quand l’un quitte son logis,l’autre s’y installe et parodie les gestes de l’écrivain."En rentrant chez moi, je vois mon double.J’ouvre la porte et je vois mon double assis sur mon fauteuil."Guy éprouve de l’anxiété.Il tente de prendre son double au piège en se servant du miroir pour capturer les images de l’invisible."C’est curieux, je vois mon double." Il commence à douter tragiquement de son identité."Je crois,parfois,perdre la notion du moi...tout s’embrouille dans mon esprit et je trouve bizarre de voir cette tête que je ne reconnais plus."Or, dans de nombreux contes fantastiques, Maupassant traite les deux thèmes connexes du double et de l’être invisible, détachés dans le monde pour y préparer l’éviction de l’humain.Les êtres insolites ont une constitution anthropomorphe.Mais le magnétisme du monde leur donne une façon de personnalité:les ustensiles sont animés etc.

A ces hantises classiques, Maupassant ajoute ses obsessions personnelles.Les migraines et son attention à cet état de sa tête ont une importance privilégiée.Il se peigne pour guérir,parce que ses cheveux lui font mal.Ses maîtresses ont souvent le devoir de procéder à la cérémonie du peignage galant, ce qui lui donne une joie sensuelle et savoureuse:"on sent bien qu’on tient une chatte perfide,sournoise, amoureuse ennemie, qui mordra quand elle sera lasse de baisers."A mesure que sa maladie progresse, il se traite lui-même comme un personnage d’outre-monde.Lorsque, après le 7 janvier 1891, il séjourne dans la maison de santé du docteur Blanche, il ne donne aucune relâche à son activité de virtuose de la fabulation fantastique. Il décède le 6 juillet 1893.

La maison du docteur Blanche:

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Le Horla—1887 , deuxième version

 

Il y a différentes explications par rapport au titre. Trois en sont plausibles : hors-là , le horsain (normand= étranger) ou anagramme du choléra (le choléra de Marseille de 1884).

Il s’agit d’un être, d’une créature invisible et menaçante qui annonce l’accomplissement catastrophique du Temps.

Cet être est indicible et matérielle en même temps, défie toutes les normes et crée des troubles et confusions chez le personnage-narrateur; on pourrait presque parler d’un message messianique d’un Antéchrist.

La vie, eh bien, ce n’est pas drôle.Le narrateur a un certain mal d’être, la peur de la solitude.Deux êtres qui vivent ensemble, c’est deux isolements. Les hommes se trouvent dans l’impossibilité de communiquer. En face du néant,de la mort, l’homme est dépossédé de soi au profit d’illusions extérieures = le dédoublement. Le Horla vient quand l’homme est une chose vide, „c’est celui que la terre attend, après l’homme." C’est sur ce thème du double que base le récit fantastique de Maupassant. Ce qui rôde hors de l’homme et dans l’homme le laisse sans solution, c’est la débâcle de la conscience. Dépossédé par le Horla, le personnage s’effondre. La fuite doit se faire hors de ce monde: le suicide.

Le fantastique naît de l’incertitude qui est liée à l’indicible. Le narrateur ne sait pas ...a) là = explication naturelle

                                                                                                                                                       b) hors=  forces inconnues

Le moi est indifférencié et risque de se dissoudre.Le fanatastique est donc dans l’homme et on se demande où sont les frontières entre le normal et le pathologique. Le rejet du monde extérieur devient une phobie, une hantise.

„Je suis seul", même dans la solitude, on n’est jamais seul. On mime la présence d’autrui, Le Horla est là , caché.

Détruire devient un besoin, une volupté.L’appétit irrépressible de tuer conduit à la folie destructrice et à la mort.

 

 

Les moyens stylistiques de Maupassant:

1 . Le personnage -narrateur utilise le „je" = l’image subjective et faussée du soi, donc ambigu. Le „je" est double:

Le narrateur veut convaincre de la véracité—le personnage dément ; on ne sait pas s’il ment,s’il a des hallucinations ou trop d’émotivité.

2 . Le choix des verbes est significatif pour le doute ou la vision : il me semble, sait-on?,je me sens souffrant, je

crois..

3 . Les comparaisons et les méthaphores montrent une certaine hésitation, une déstabilisation. P.ex., l’exemple de

la tige „comme si une main..."est hypothétique est par conséquent suspect. Or, toutes les images deviennent

suspectes.

4. Les exclamations au début: J’aime,j’aime semblent montrer un homme normal , mais les interrogations :

Pourquoi, d’où viennent, sait-on ? montrent déjà des traits particuliers, un mal, un trouble qui n’acepte pas

l’inadmissible au sein de la légalité quotidienne. (mélancolie,découragement,tristesse,exagération,sensibilité ma

ladive)

5 . Les exclamations comme ah!,oh! ainsi que les hyperboles montrent la perte du contrôle de soi,l’émotion extra

ordinaire, la surexitation,l’affolement. „Ah! Mon Dieu!.."Nos sens misérables ne suffisent plus, le monde fami-

lier (l’habitat) se dérègle et les objets s’animent (télékinésie). Le „je" est même dépossédé dans son inventaire.

L’horreur devient grotesque: est-ce le surnaturel ou la mystification qui agissent sur l’homme.

6 . Le moi déséquilibré se manifeste aussi dans les oxymores (la transparence opaque), contradictions

(il-vide-le corps- ne peut ni le nommer ne le définir) La présence étrangère fracture le

moi. Le solide devient liquide, le moi brave se transforme en poltron ,l’un voulant, l’autre résistant.Le moi

inconnu du dedans tyrannise l’autre = nous sommes deux.

7 . Les troubles autoscopiques de Maupassant se font jour dans le discours haché et dans la date du 19 août qui

apparaît deux fois dans le journal. Les répétitions nombreuses, aussi celles par „et" en font preuve.

8 . L’introduction du pronom personnel „on" symbolise l’entité autonome et monstrueuse du Horla. Le 6 juillet

est plein d’exclamations et d’interrogations.

 

 

 

Les motifs dans le Horla:

Le vampire :"buvait ma vie entre mes lèvres"---menacé dans sa vie

 

La glace/le miroir : le narcissisme se transforme en danger par l’anéantissement du spectateur-esclave.Son reflet

est dérobé.

 

Le fleuve maléfique: le trois-mâts brésilien apporte le danger, la mort.

S’y ajoutent quelques motifs d’authenticité comme le magnétisme, l’hypnotisme, la suggestion, l’évolutionnisme.

Pour mieux comprendre Maupassant, il ne faut non plus oublier les influences sociales, philosophiques,médicales du siècle.

Le choléra de Marseille de 1884

Le romantisme avec le renouveau du passé national avec ses légendes, contes de fées (Grimm) et leurs gnomes,sorciers etc.Les contes fantastiques d’Edgar A. Poe et E.T. Hoffmann. Le romantisme suscite aussi

les régions mineures de l’homme (le rêve,les passions, les larmes ,le „je", l’émotivité , la mélancolie etc

(cf.Goethe :Werthers Leiden)

c) Le positivisme et les Sciences Naturelles, Darwin et sa théorie de l’évolution.

Le progrès se fait sans Dieu. Tout peut être expliqué scientifiquement.

Début des expériences psychologiques, le docteur Charcot à Paris et l’école de Nancy.

d) Le déterminisme de l’être humain joue aussi un rôle dans les réflexions de Maupassant.La race ,le milieu et le

temps influencent inaltérablement notre vie. Notre vie a pour but la mort; notre corps est infirme et nos sens

sont imparfaits. (Le rôle négatif de la femme, la machine à engendrer, à pondre des êtres ,est maupassantien)

Le pessimisme de Schopemhauer + le nihilisme ,l’homme sans Dieu , sont responsables de la solitude humaine.

Une solitude infinie et navrante entoure l’homme: il a peur tout seul, or, il y a autrui chez lui."Il est là parce

que je suis seul." Pour Schopenhauer, la nature humaine est satanique, elle est pleine de passions aveugles,

la raison d’être n’est pas raisonnable. Nier la vie, c’est se libérer de ce monde imparfait. „Die Welt als Wille

und Vorstellung" de Schopenhauer décrit l’homme comme simple corps avec ses réactions différentes et

comme volonté égoiste avec ses désirs sexuels.Les valeurs morales comme „l’honneur" ou „la gloire" ne sont

que de valeurs fausses; seul compte la subjectivité. Quant à Dieu, on peut seulement dénigrer cette immortelle

pensée, ironiser son influence, le dédaigner et désenchanter l’humanité:Dieu est le plus grand saccageur de

rêve qui ait passé sur la terre. Schopenhauer „a renversé les croyances,les espoirs, les poésies ,les chimères,

détruit les aspiartions, ravagé la confiance de l’âme, tué l’amour,abattu le culte idéal de la femme, crevé les

illusions des coeurs...besogne de sceptique...il a ...tout vidé." (Maupassant:.Auprès d’un mort)

Maupassant plaide pour la lutte contre la nature."Dieu n’a créé que des êtres grossiers,pleins de germes des

maladies qui,après quelques années d’épanouissement bestial, vieillissent dans les infirmités, avec toutes les

laideurs et toutes les impuissances de la décrépitude humaine.....le Créateur sournois et cynique a voulu

interdire à l’homme de jamais anoblir,embellir et idéaliser sa rencontre avec la femme...Je conçois Dieu

comme un monstrueux organe créateur inconnu...nous lui devons d’être mal en ce monde qui n’est pas fait

pour nous....éternels et misérables exilés sur cette terre."(L’Inutile Beauté)

 

filles.gif (89838 Byte)Maupassant et ses deux filles.